Abd el-Kader mène la lutte au nom de l'islam
Venu en bateau, le dey turc ne regarde que la lier. Il ne s'intéresse au pays intérieur que pour y lever l'impôt, en argent, blé ou orge. Un régime colonial, un Etat-milice rançonneur. Aussi jette-t-il tout son dévolu sur le pays utile et le divise en trois tronçons délimités, au sud, par l'Atlas saharien : Oran, Médéa et Constantine, Alger étant hissée au rang de Maison du Sultan. Aucune règle de succession, juste, le coup d'Etat ou le poison. Cohorte de Renégats - chrétiens convertis à l'islam -, de corsaires et de janissaires, la Régence ne vit que pour la «course» en Méditerranée et jusqu'en Islande 1 Suède, Hollande, Amérique et Angleterre achètent à prix d'or la liberté de circuler en mer.
Paris, qui entretient déjà une vieille relation avec lie Grand Turc, commerce avec la Régence d'Alger. Elle en importe cuir, corail et blé. A crédit. Au désespoir de ne pas recevoir son dû, le dey Hussein donne un coup d'éventail au consul de France. Pour sanctionner le Barbaresque, le gouvernement Polignac songe d'abord à son allié, le pacha d'Egypte Méhémet Ali. Et finit par envoyer une armada, qui investit, le 3 juillet 1830, la Maison du Sultan. Le dey gagne l'Italie, la milice janissaire rentre en Asie Mineure. Le nouveau tuteur français découvre une humanité indigène de trois millions d'âmes, mise en coupe réglée par le dey, émiettée en un archipel de tribus, une poussière de clans. Elle ne réagit pas d'un seul tenant. Et le colon peut claironner qu'il n'y a pas de «peuple algérien». La résistance à l'occupant éclatera à l'ouest. Abd el-Kader mène la lutte au nom de l'islam. Mais il n'arrive pas à soulever tout le pays. La Kabylie ignore son appel, le sultan du Maroc le lâche. Il finit même par accepter l'appui militaire du général français Desmichels pour... combattre la milice du bey d'Oran ! Abandonné par tous, il décide, fin 1847, de se rendre au duc d'Aumale. Emprisonné à Amboise, Abd el-Kader termine sa vie à Damas, en Syrie. Paris reconduit et consacre le découpage administratif turc.
Un demi-siècle après la conquête, l'Algérie abrite plus de cent quinze mille colons accourus de France, d'Espagne, de Malte ou de Sicile. L'Oranais, dépeuplé, en reçoit la plupart. Tous obtiennent la nationalité française ; qui sera aussi octroyée d'office, en 1870, à tout juif indigène. Le musulman, seul, en reste exclu. Ce contre quoi proteste le mouvement- Jeune Algérien, créé à la veille de la Première Guerre mondiale. Il réclame l'«assimilation à la nation française». Le mot d'ordre d'indépendance jaillira, non du djebel mais de Boulogne-Billancourt où naît, en 1924, l'Etoile nord-africaine, le premier parti nationaliste algérien. Le centenaire de la prise d'Alger, en 1930, apporte de l'eau au moulin indépendantiste. On y célèbre le «retour» d'un peuple latin sur ce qui fut une terre latine ! Le colon se proclame chez lui, par la vertu d'un droit d'aînesse. «Musulman, le peuple d'Algérie se rattache à l'arabité», réplique Ben Badis, le dirigeant de l'Association des oulémas.